cat’s eye writings


mars 3, 2008, 2:12
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holga université

 



Evergreen, nouvelle inspirée de la chanson du même nom
février 11, 2008, 5:15
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S’envoler. Prendre le large. Afin de mieux revenir ? La question subsistera encore longtemps dans son esprit. Prendre l’air, s’étioler, un agissement tellement féminin lui avait-on dit. Mais Jay n’a que faire de la psychanalyse, de cette opposition de la dureté et du rêche à l’évaporation d’Eve.

Il en avait rêvé. Prendre la route. Il avait lu Jack Kerouac, en quête d’aventures vécues par procuration, entre les lignes. A travers chaque caractère frappé sur le papier. Monochromie, puisque c’est le récit qui donne la couleur. Des teintes dont il voulait maintenant se parer, sans se vêtir pour autant de tous les oripeaux du vieux Jack.

A vrai dire, il fuyait mais ne le savait pas réellement. En route pour une vie épistolaire, la vraie vie peut-être ? Chaque fois qu’il avait tenté de domestiquer ce pur-sang qu’est l’existence, il dût se rendre à l’évidence qu’il ne percevait que sa crinière, témoin pérenne de son passage. C’était à son tour de prendre le large. De nouvelles aventures, d’autres devantures, de neuves augures. Si la vie n’était qu’illusion, il avait envie de lui donner une autre vision. Sur une île.

En ce lundi matin, il a déjà parcouru un bon tiers de la côte est, en direction de l’équateur sans vouloir vraiment y parvenir, puisque la ligne imaginaire a pris racine au milieu des flots. Il apprécie cette ambiance du petit matin, où tout un chacun reprend le fil de sa vie avec toute l’inconséquence, la maladresse et la torpeur envisageable. Cela lui donne l’impression d’avoir posé pied sur une seule et même barque. En outre, rien n’est plus doux qu’un café dans un lieu cosy, baigné de jazz et de folk de la plus belle inspiration. Seuls les croissants manquent au tableau et cette absence antéproustienne lui provoque quelques ondes amères de réminiscence.

Mlle S., fruit de l’arbre qui précipita son départ, remontait à la surface en rampant. Serpent, vipère n’ayant aucunement volé son initiale. Elle lui avait menti, avait voulu lui faire un enfant avant d’avorter de remords. Elle lui avait subséquemment menti à deux reprises. Si seulement elle lui avait menti que deux fois ! La dame aimait altérer son humeur. A l’aide de résine, de lessive nasale et occasionnellement en lançant un coup de fil bouillonnant à la veuve blanche. Cependant, Jay ne le savait pas. Maintenant, il savait tout.

Durant sa courte et néanmoins palpitante vie, il avait cherché cette sérénité qu’il pensait pouvoir trouver en une femme. Pas au sein de n’importe quelle œuvre nimbée, mais en une personne choisie avec le plus grand soin, à la manière d’une perle. Ce bijou translucide, il songeait l’avoir trouvé en Mlle S. Elle l’avait trahi, il était alors parti.

On lui avait dit que par ici et là, les filles étaient moins anguleuses, plus proches d’un I que d’un S. Loin d’être convaincu, il avait fait ses bagages, emportant avec lui un nécessaire de toilette, quelques vêtements et de l’argent plastique. Lequel pouvait fondre au soleil, il en avait mis passablement de côté pour un long moment.

Il n’est pas aisé de mettre de la poudre aux yeux de Jay, mais il doit avouer que son iris a cru au mirage que cette terra nova lui offrait. Des femmes en fleur, pures, natures, dont l’intérêt pour la chose culturelle semblait égal à son appétit sublimé. Des femmes en forme de I, lesquelles vont droit au but. Si bien qu’il fut victime d’un calembour après avoir pris lui-même la forme d’un I en son épicentre. La demoiselle avait pris la poudre d’escampette au petit matin. Filer à l’anglaise, en tant que véritable gentleman, il ne l’avait jamais fait à aucune femme.

Sans vouloir porter sa croix, il se sentait victime de son époque, l’ère kleenex. On consomme, on use, on abuse puis on jette. On subsiste à la surface, on n’a pas le courage de s’investir, de jongler avec les maux en « in », ou alors « im » s’il s’agit de considérations langagières suivies d’un « p », tel le maux récurrent « imprévu ». Un mirage. Un bel et agréable mirage, qui ne tient pas hors du cadre de l’illusion d’optique.

Que faire ? Rentrer, continuer, se mouvoir ailleurs, loin des sirènes ?

Jay n’a pas tellement peur de mourir que de vivre. Il aurait envie de faire fi de cette revanche qu’il s’était promise, au dessein de Nonante. Ce dernier, qui ne cesse de retourner sa lame dans son ventricule gauche, maladroit, fragile. Noir, pervers, langue de vipère, au creux de la main tannée par la frustration et la peur, projetée par des mécanismes typiquement masculins. Jay les déteste, ces types de personnages masculins. Telle une maladie qui se reproduit, toujours investie d’autant de testostérone, d’ego et de bêtise inhumaine. Il se souvient de cette main portée à son cou encore diaphane. Il en garde quelques ecchymoses stellaires, qui forment une chaînette d’étoiles qui n’ont rien d’un rêve. Il s’était promis une équinoxe, mais il s’était éclipsé. Le jeune homme était parti à l’autre bout du monde.

Légionnaire, démissionnaire, débonnaire. Un peu d’air peut-être.

à suivre…

 

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